Reconnaissances mutuelles et intervisites

Enfin, la question des reconnaissances mutuelles et des intervisites est encore une question différente, qui n'est pas toujours directement superposable aux précédentes.
En effet, pour prendre un exemple, telle obédience admettra que telle autre obédience a une pratique maçonnique qui est en tous points conforme à ses propres conceptions, landmarks (éventuellement récents) ou « critères de régularité » (supposés inchangés depuis les Anciens Devoirs), mais ne lui accordera cependant pas sa « reconnaissance » pour d'autres raisons.
Dans l'histoire récente, on a vu ainsi des obédiences refuser ou retirer leur « reconnaissance » à d'autres :
Pour des raisons de discrimination, devenues à leurs yeux inconciliables avec la morale, même si les « Anciens Devoirs » ou les anciens landmarks n'interdisaient pas autrefois les discriminations.
Pour des raisons d'exclusivité territoriale, certaines obédiences ne reconnaissant qu'une
seule autre obédience par pays.
Voire parfois pour des raisons de contentieux financier.
La reconnaissance d'une obédience par une autre peut en pratique conditionner la possibilité de visites mutuelles en loge, même si, dans la pratique, les interdictions théoriques de visites mutuelles sont souvent contournées.
En effet, il convient de distinguer la reconnaissance, qui peut être directe ou par transitivité (par ricochet en quelque sorte), de liens plus forts issus de traités d'amitié ou même de double appartenance; ces derniers sont rares et en tous cas inexistants entre les obédiences libérales et
régulières.
En revanche, il n'est pas rare que des obédiences maçonniques qui ne se reconnaissent pas mutuellement puisse avoir néanmoins des relations de coopération mutuelles en des occasions particulières, par exemple pour partager des locaux ou pour organiser des expositions musicologiques.

Les regroupements d'obédiences

Les obédiences maçonniques tissent entre elles des réseaux de relations mutuelles complexes, mais qu'on peut schématiquement regrouper en quatre types:
Obédiences régulières du groupe principal (mainstream)

Plus des trois quarts des franc-maçons du monde appartiennent aux obédiences de ce groupe.

Il est constitué par:
L'obédience la plus importante de chaque nation du Commonwealth et de chaque État des États-Unis et de chaque province du Canada.
Une obédience (pas nécessairement la plus importante) de chacun des pays où la franc-maçonnerie est représentée.
Les obédiences de ce groupe de reconnaissance mutuelle se disent toutes régulières. Inversement, elles déclarent parfois irrégulières toutes les obédiences qui n'appartiennent pas à
leur groupe, sans prendre en considération la nature de leurs pratiques maçonniques. Les obédiences ainsi déclarées irrégulières uniquement à cause de leur non-appartenance au groupe principal partagent rarement ce point de vue.
Contrairement à une idée fausse assez largement répandue, il n'existe pas d'organisation centrale qui aurait autorité sur l'ensemble de la Franc-maçonnerie de ce groupe. Les Grandes Loges qui le composent, qui sont un peu plus d'une centaine, sont indépendantes, autonomes et souveraines. Chacune d'entre elles présente un caractère original, avec des particularités d'usages qui reflètent dans une certaine mesure la mentalité ambiante et les traditions locales. Mais toutes sont reliées entre elles par un consensus quant aux principes, usages, landmarks et règles qui constituent l'indispensable base de la régularité maçonnique.
Même la Grande Loge unie d'Angleterre, qui est la plus ancienne et la plus importante, avec ses quelque 600 000 membres, n'a pas d'autre action directe sur le plan international que celle d'accorder, refuser ou retirer sa « reconnaissance ». Mais le soin scrupuleux qu'elle met à
respecter et à faire respecter les principes qu'elle a été la première à codifier, donne à ses décisions en ce domaine un poids et un prestige particuliers.